
Little Bob




Biographie
1966. LE HAVRE
Comme chaque semaine, un jeune homme pousse la porte du même magasin de disques dans le centre ville. Sylvie, la vendeuse arbore son plus beau sourire.
« Désolée, Roberto, je n'ai pas encore reçu le premier Rolling Stones, et le dernier Little Richard non plus… Mais… J'ai une petite surprise qui pourrait bien te plaire… »
Bob, hyper déçu de ne pas avoir sa dose de rock'n roll frais en provenance
d'Angleterre ou des States, regarde avec une moue dépitée l'album que lui tend Sylvie, la vendeuse.
« Ca s'appelle Hauwleen… Heu …Volf ! »
Sur la pochette est écrit "Les Rois Du Rhythm' N' Blues - Howlin' Wolf" avec un black hurlant dans un micro.
« Je te l'ai mis de côté…comme tu m'as parlé de blues l'autre jour ! Et même que les Rolling Stones eh ben, il paraît qu'ils lui ont tout copié…! »
« Howlin' Wolf, Sylvie, Howlin' Wolf !!….waououwwaouw (il imite le cri du loup dans Tex Avery). »
La jeune fille rougit, Bob sort de son porte monnaie les économies de sa paye de la semaine à l'usine Tréfimétaux, met le disque sous son blouson, et sort en faisant un clin d'oeil à Sylvie. « Salut Bob, Little Bob… ». Elle reste un peu rêveuse, suivant du regard la silhouette de Roberto s'en allant sur les pavés glissants, santiags aux pieds, jean's retroussés et veste de cuir.
LA HORDE SAUVAGE
Or donc, on est en juillet 2012, Gilles Mallet sort entre deux prises, le sourire aux lèvres, silencieux, les yeux ailleurs, heureux. Comme le mec qui vient d'accomplir un rêve de gosse. Arrive derrière lui un grand type brun, Bertrand Couloume, le contrebassiste de Bob depuis plus de 20 ans. Celui qui a amené une autre couleur musicale dans le rock de Bob. Il est rejoint par un mec mal rasé, qui lui parle technique et a l'air un peu plus stressé. Normal, c'est le petit jeune de la bande : Jérémie, Piazza de son nom de famille. Il a non seulement le talent d'être un excellent batteur au feeling inventif, il est aussi le neveu du boss… A côté de Gillou s'assoit un type au look pas possible, une silhouette familière à tous les amateurs de rock : pantalon de cuir, chemise à jabots, cheveux en pétard, boucles d'oreilles en cascades, bagouses à tous les doigts, maigre comme un clou… oui c'est bien Mister Mickey Blow, harmoniciste de son état. Ex Stunners, et compagnon de scène de Johnny Thunders, une légende croisée sur toutes les scènes possibles et imaginables, lui aussi toujours dans la galaxie de Bob depuis longtemps.
On a l'impression de revoir les cowboys de La Horde Sauvage de Sam Peckinpah, au repos entre deux casses de banque.
Et quand on glisse une oreille à l'intérieur, on comprend mieux pourquoi : déjà on se heurte à l'ampli de Gillou, dans le couloir (trop fort pour le studio), et comme un bleu, on n'a pas fait gaffe : Blaaam ! Gilles Mallet est revenu au studio sans prévenir, et son premier raccord vous explose les tympans. Ne surtout pas rester là. On se réfugie dans la cabine. Les musiciens, en demi cercle, jouent live dans la même pièce. Comme avant: ce mythique âge d'or que tout groupe de minots cherche à reconstituer. Bob, lui, le revit en 2012 avec son nouveau gang : Little Bob Blues Bastards.
«One… Two… One, two, three… » c'est Bob qui donne le start et c'est parti pour… "Circumstances" de Captain Beefheart ! Oui. LE Captain, dont Bob est un fan absolu. Le groupe sonne compact, hargneux. Rentre dedans. Le blues comme on ne le pratique plus assez par ici: pas académique, sans solo bavards, bref pas la version à la papa comme on en entend trop, mais ce truc un peu sale, déstructuré, qui vibre, qui chauffe.
Fin du morceau. Personne ne dit rien, ils remontent dans la cabine, réécoutent. Hochements de tête. Jérémie n'a pas l'air content de sa partie de batterie. Bob dit que non, on ne refait pas, c'est pas l'esprit : pas de retouches. Donc c'est dans
la boîte. Une seule prise… La Horde Sauvage ! Mais, me direz-vous, si Bob enregistre un disque de blues c'est qu'il est cuit, fini, il n'a plus la patate, il fait son vieux crooner… Là, fausse route : les Blues Bastards c'est


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